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Définition et Principe de Base

La Larvothérapie est souvent définie comme une myiase bénigne, induite artificiellement et strictement contrôlée. Cette myiase est initiée dans le but de profiter de la capacité des larves de certaines espèces de mouche à décomposer et ingérer du tissu infecté ou nécrosé afin de nettoyer une plaie et d'en faciliter la cicatrisation.

La Myiase

Définition : Parasitose provoquée, chez les animaux et chez l’homme, par les larves de diptères, qui, au moins pendant une période, se nourrissent du tissu mort ou vivant, des liquides corporels ou de la nourriture ingérée de l’hôte1.

Les diptères sont les vraies mouches à deux ailes, celles qui provoquent une myiase appartiennent à deux groupes :

1/ Les Parasites Obligatoires qui se nourrissent exclusivement de tissu vivant.

2/ Les Parasites Facultatifs qui peuvent se nourrir de tissu vivant ou mort.

Les membres du deuxième groupe, les mouches synanthropes, et plus particulièrement la famille des Calliphoridae, sont des initiateurs de décomposition de charogne et en tant que tels sont des indicateurs principaux et précis de l’heure de décès employés en médecine légale3.

Les Mouches faisant appel à la Myiase

La plupart des mouches qui utilisent la myiase appartient à l’une des trois principales familles qui sont : Les Oestridae,  Les Sarcophagidae, ou les Calliphoridae. Cependant, certains membres d’autres familles telles que les Muscidae et les Phoridae peuvent aussi provoquer des myiases.

Les 150 espèces de la famille des Oestridae provoquent toutes des myiases tandis que seules 80 espèces des quelques 3000 que comptent les familles des Sarcophagidae et des Calliphoridae le font.

Les Oestridae ne sont d’aucune utilité pour la Larvothérapie car toutes sont des parasites obligatoires, en général spécifiques à une espèce particulière de hôte. Certaines espèces appartenant aux Calliphoridae, telles que Cochliomyia hominivorax et Chrysomya bezziana (les mouches à larves foreuses), sont également de vrais parasites qui se nourrissent de tissu vivant.

Les Espèces de mouche employées pour les applications médicales

Tandis que beaucoup d’espèces sont connues pour leur capacité à provoquer des myiases2,4 seul un petit nombre ont été employées en médecine. L’espèce la plus utilisée est la mouche verte, Lucilia Sericata bien que d’autres espèces de la famille des parasites facultatifs les Calliphoridae peuvent se trouver aussi dans la bibliographie médicale. Il en ressort  que beaucoup de précautions doivent être prises lors de la sélection d’espèces vouées aux applications médicales.
À l’état sauvage, Lucilia sericata se développe par les stades classiques de la métamorphose d’insectes. En émergeant de la chrysalide les adultes sont capables de reproduction au bout de sept jours et ont une durée de vie d’environ 45 jours. Pendant leur vie, les femelles pondent jusqu’à 15 grappes comprenant chacune entre 100 et 200 œufs. Des ces œufs éclosent des larves qui passent par trois stades larvaires pendant lesquels elles muent deux fois. Le stade larvaire, qui dure jusqu’à 6 jours, est la période de croissance la plus intensive dans la vie d’une mouche. Les larves secrètent en permanence des substances protéolytiques afin de liquéfier du tissu nécrosé et autres matières se trouvant à proximité, qui sont ensuite ingérés. Pendant cette période, le poids de l’animal se multiplie par 100. Au stade suivant, les larves se métamorphosent dans un endroit sec et tempéré. Selon la température et l’humidité, la génération suivante de mouches adultes émerge des chrysalides entre 2 et 8 semaines plus tard.  

 Weil et al.5 ont rapporté que les larves de Lucilia Sericata meurent de faim lorsqu’elles se trouvent sur du tissu de granulation propre et par conséquent, cette espèce convient parfaitement pour la larvothérapie. Cependant, d’autres auteurs ont suggéré, à tort, que cette espèce peut se nourrir occasionnellement de tissu humain sain6. Malgré cette innocuité, les enzymes produits par les larves présentes sur une plaie peuvent provoquer un vif érythème si elles s’égarent sur la peau saine insuffisamment protégée autour de la plaie7.

Dans les pays développés, les cas de myiase naturelle chez l’homme par des parasites facultatifs touchent principalement les enfants, les personnes âgées et les handicapés physiques ou mentaux. On la trouve aussi dans les cas de négligence et dans les lieux à haute densité de mouches.

Aux États-Unis, Sherman10 a publié les résultats d’une étude prospective multicentrique de patients de milieu urbain infestés de larves de mouche. Quarante deux cas de myiases naturelles furent examinés. La conclusion de cette étude fut que la plupart des myiases naturelles était de type non-invasive et concernait l’infestation de plaies existantes.

Face à de telles myiases, la réaction médicale la plus appropriée est la suppression des larves afin d’éviter toute infection et atteinte éventuelle au tissu sain, même si l’espèce en question fait partie de celles utilisées pour la larvothérapie. Les myiases naturelles peuvent avoir des effets bénéfiques qui seront perdus à la suppression des larves. Cependant, les infestations naturelles ne sont pas contrôlées et par conséquent peuvent compliquer le traitement ultérieur de la plaie.

1. Myiasis in Man and Animals in the Old World. Published by Butterworth; 1965.192
2. Hall, M. J. W., Smith, K. G. V. Diptera causing myiasis in man. In: Lane RP, Crosskey RW, editors. Medical Insects and Arachnids. London:  Chapman & Hall, 1995:429-469.187
3. Greenberg, B. Flies as Forensic Indicators. Journal of Medical Entomology 1991; 28(5): 565-577.259
4. Lee, D. J. Human myiasis in Australia. Medical Journal of Australia 1968; 1: 170-172.75
5. Weil, G. C., Simon, R. J., Sweadner, W. R. A biological, bacteriological and clinical study of larval or maggot therapy in the treatment of acute and chronic pyogenic infections. American Journal of Surgery 1933; 19: 36-48.10
6. Stewart, M. A. The role of Lucilia sericata Meig. larvae in osteomyelitis wounds. Annals of Tropical Medicine and Parasitology 1934; 28:  445-460.66
7. Thomas, S., Jones, M., Shutler, S., Jones, S. Using larvae in modern wound management. Journal of Wound Care 1996; 5(2): 60-69.11717
8. Fine, A., Alexander, H. Maggot therapy - technique and clinical application. Journal of Bone and Joint Surgery 1934; 16: 572-582.1
9. Guerrini, V. H. Ammonia toxicity and alkalosis in sheep infested by Lucilia cuprina larvae. International Journal for Parasitology 1988; 18(1):  79-81.242

10. Sherman, R. A. Wound myiasis in urban and suburban united states. Archives of Internal Medicine 2000; 160(13): 2004-2014.15041 



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