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Les Modes d'Intervention des Larves

La Détersion

La détersion mécanique du tissu nécrosé constitue le principal préalable à la cicatrisation réussie des plaies chroniques. Sans détersion les processus de guérison et de cicatrisation demeurent diminués. Le tissu nécrosé est isolé de la circulation sanguine et ne peut être atteint par les cellules immunocompétentes. Il forme ainsi un obstacle mécanique à l’application de méthodes de traitement localisées. Ce tissu dévitalisé devient ensuite un milieu idéal pour la multiplication de bactérie et peut permettre le développement de gangrène. Dans les cas extrêmes, cette nécrose peut engendrer une défaillance d’organes multiples si les produits de décomposition toxiques et immuno-suppressifs migrent de la zone nécrobiotique de la lésion vers le système cardiovasculaire.

En général, on emploie des méthodes de détersion chirurgicales, d’émolients ( hydrogels) ou d’enzymes protéolytiques afin d’éliminer la nécrose. La détersion chirurgicale présente plusieurs inconvénients parmi lesquels on compte le retrait de tissu viable dont résulte un agrandissement de la plaie, l’infection de la plaie par contamination ainsi que les effets secondaires négatifs de la prise en charge de la douleur par l’emploi d’analgésiques.

Les larves de la Lucilia sericata se nourrissent par un procédé qu’on appelle ‘ digestion extracorporelle’. Elles distribuent leurs sécrétions   à la surface de la plaie. Ces sécrétions   comprennent un large éventail d’enzymes protéolytiques qui provoquent la liquéfaction rapide de tissu nécrosé. Ce mécanisme permet à la larve d’absorber la nécrose sous une forme semi-liquide. Dans des conditions idéales les larves peuvent croître par un facteur de 10 en 3 jours par l’ingestion de tissu nécrosé liquéfié. Il se produit une élimination efficace de la nécrose (ce qui est le but principal du traitement) sans, cependant, endommager le tissu sain. Cette technique de détersion peut être utilisée avec grande précision à la jonction entre le tissu sain et vivant et celui nécrosé (« détersion nécrotique spécifique »).

L’effet antimicrobien

« La Thérapie par larves : Un alternatif pour les plaies infectées » (7)

L’infection des plaies représente toujours une complication médicale grave. Les processus les plus décisifs de cicatrisation ont lieu à la jonction entre le tissu sain et le tissu dévitalisé : si des organismes pathogènes migrent du tissu nécrosé vers le tissu sain, la plaie s’infecte. L’érysipèle, les abcès phlegmoneux, la lymphangite et le sepsis peuvent avoir des conséquences mortelles. Le but principal de toute forme de traitement est donc la prévention de la migration de l’infection au-delà de la surface de la plaie. Parmi les problèmes inhérents au traitement des plaies chroniques on peut noter la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques et antiseptiques (8), l’efficacité diminuée de l’antibiothérapie et les réactions allergiques et toxiques résultant de l’application de produits de résorption.

Le plus ennuyeux de ces problèmes, la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques systémiques, illustre bien le besoin de développement et de mise en œuvre de moyens de traitement locaux plus efficaces. 

L’activité antimicrobienne de la larve de mouche a été longtemps soupçonnée et fut démontrée scientifiquement pour la première fois dans les années 1930 (9). Ce phénomène est très probablement dû à certains facteurs compris dans les sécrétions   de l’asticot. Dès 1957, un facteur antibiotique identifié dans les sécrétions   d’asticot était décrit dans un papier publié dans Nature (10). Les résultats d’études récentes semblent confirmer l’activité antibiotique des sécrétions   de Lucilia sericata, même contre les souches résistantes à la methicillin telles que les Staphylocoques. Ce qui est encore plus intéressant est l’action spécifique des sécrétions   qui s’attaqueraient principalement aux bactéries Gram positif (11, 19).

Les facteurs responsables de ces effets n’ont pas encore été définitivement identifiés. On suppose que certaines substances telles que l’ammoniaque ou le carbonate de calcium alcalisent les plaies au point où il est difficile ou même impossible pour les bactéries de les coloniser (12). L’acide phénylacétique et  la phenylacetaldehyde ont été par ailleurs mis en évidence dans les sécrétions  intestinales de la larve (13). Une action antibiotique pourrait aussi être attribuée à l’allantoïne contenue dans ces mêmes sécrétions (14). De nombreux chercheurs pensent que ces sécrétions   contiennent un certain  nombre de substances encore non-identifiées pour l’instant. 

En plus des sécrétions produites par les larves, leur système digestif contribuerait également à réduire le nombre d’organismes pathogènes. Mumcuoglu et al. ont démontré que des bactéries E. Coli colorées sont ingérées et métabolisées par l’asticot (15). Shakibaei et al. ont aussi  montré que des larves qui traversent une culture de bactéries laissent derrière elles un tracé libre de ces mêmes bactéries. Lors de l’examen histologique de ces larves, les bactéries (Staph. aureus isolés de patients) furent à nouveau retrouvées dans l’appareil digestif, en général sous forme de lysat. C’est pour cette raison que le Pr. Shakibaei considère la larve de mouche comme une « vraie bactériophage » (16).

La Stimulation du tissu de granulation

Jusqu’à présent les chercheurs pensaient que la prolifération cellulaire accélérée observée lors de l’utilisation de larves était due principalement à la stimulation mécanique du lit de la lésion par les excroissances kératineuses des larves lors de leurs déplacements sur la plaie.

Des études récentes ont montré que les sécrétions   produites par Lucilia sericata seraient aussi capables de stimuler la croissance de fibroblastes chez l’homme. De plus, ces sécrétions   semblent capables d’accroître, de façon significative, l’effet de stimulation de fibroblastes fourni par les cytokines humaines, telle que l’Interleukine 6, un facteur de croissance de l’épiderme (17). Cet effet de stimulation de la croissance a également été observé sur des chondrocytes à croissance lente (18).  Shakibaei a examiné l’impact de sécrétions   de larve sur la fonctionnalité de chondrocytes dans une culture à trois dimensions en se servant de l’immunofluorescence et du microscope électronique. Le facteur de croissance humain IGF, dont on connaît bien les effets chondroanaboliques, servait de contrôle positif. Cette étude a montré qu’un extrait de protéine soluble à l’eau, dérivé d’un Lucilia Sericata, produit un effet équivalent à celui de 100 ng IGF. La prolifération de chondrocytes, ainsi que la synthèse de collagène de type II, augmentent dans un environnement de sécrétions   de larve. Lors d'études ultérieures le Pr. Shakibaei tentera de déterminer si ces effets peuvent être observés sur d’autres types de cellules telles que les ostéoblastes, par exemple. Il est également prévu de tenter d’isoler des sécrétions   les mono substances responsables. 

D'autres travaux récents ont fourni des indications de la présence de facteurs de croissance dans les sécrétions de larves. En plus d’un équivalent du facteur XIII, on soupçonne également la présence de défensines et d’isothiocyanates. Des travaux de recherche complémentaires seront néanmoins nécessaires pour identifier ces substances avec certitude.

La détersion, l’activité antimicrobienne et la stimulation du tissu de granulation seraient les principaux mécanismes de cicatrisation apportés par la larve de mouche. L’action conjuguée complexe de ces mécanismes serait unique et en ferait un partenaire indispensable dans la gestion de plaies chroniques.

 

 

 

 

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