Historique
Les habitudes charognardes de certaines mouches sont connues depuis des siècles. Une référence très ancienne paraît dans le Hortus Sanitatus, l’un des premiers textes médicaux européens, publié à Maintz en 1491. Peu de références historiques concernant les myiases existent mais l’une d’elles se trouve dans la bible (Job 7 :5) où Job se plaint ‘Mon corps est revêtu de vers et de croûtes, ma peau est ouverte et purulente...' ▪ Lors de cérémonies religieuses, les Mayas exposaient au soleil des pansements imbibés de sang de bœuf avant de les appliquer sur certains tumeurs superficiels.
Il existe aussi des indications que certaines sociétés primitives connaissaient les effets bénéfiques des certaines mouches sur la cicatrisation de plaies infectées :
▪ Au début de ce siècle le tribu aborigène des Ngemba en Australie utilisa fréquemment des larves pour la détersion de plaies gangreneuses ou purulentes, une pratique très ancienne qui remonte à leurs ancêtres lointains.
▪ Pendant la deuxième guerre mondiale on observa aussi l’application de larves et de pansements rudimentaires de boue et d’herbe chez les peuples montagnards du nord de la Birmanie2,3
Les larves en temps de guerre
A travers les siècles les blessures de guerre ont permis de nombreuses observations de plaies infestées de larves :
▪ Ambroise Paré (1509 –1590) chirurgien en chef auprès de Charles IX et de Henri III constata l’infestation fréquente de plaies purulentes lors de la bataille de St. Quentin (1557).
▪ Le Baron Dominique Larrey, chirurgien en chef de Napoléon, cité par Goldstein4, rapporta que la présence de larves sur une blessure empêche le développement d’infection et accéléra la cicatrisation. Il constata également la détersion sélective, le tissu sain n’étant pas atteint par les larves. Il n’y a pas de preuve, cependant, que Larrey appliqua les larves délibérément aux plaies.
▪ Joseph Jones, un médecin militaire américain pendant la guerre de sécession nota les mêmes effets bénéfiques de myiases accidentelles. Chernin5
▪ Selon Baer6 et McLellan7 un autre médecin militaire américain, J. Zacharias, fut probablement le premier médecin occidental à appliquer des larves à une plaie en vue de la détersion et la cicatrisation. 
La Larvothérapie au 20ème siècle
Le père de la larvothérapie moderne fut indiscutablement William Baer (1872-1931), professeur de chirurgie orthopédique à l’Université de Médecine Johns Hopkins dans le Maryland6.

Baer relata comment, pendant la première guerre mondiale, il soigna deux soldats blessés et perdus entre les lignes pendant une semaine. Ils souffraient d’une fracture ouverte du fémur, et de plaies étendues au niveau de l’abdomen et du scrotum. En arrivant à l’hôpital ils ne souffraient pas de fièvre ni de septicémie et ceci malgré l’exposition prolongée des plaies et l’absence d’eau ou de nourriture pendant huit jours. En déshabillant les soldats Baer trouva des milliers de larves recouvrant les plaies. Après avoir retiré les larves Baer constata que les zones blessées étaient entièrement recouverte du « plus beau tissu de granulation rose que l’on puisse imaginer ». A l’époque, le taux de mortalité suite à une fracture ouverte du fémur était de l’ordre de 75-80%. Crile et Martin9 soutinrent les observations de Baer par des témoignages similaires.
Après la guerre Baer soigna quatre enfants atteints d’ostéomyélite à l’hôpital de Baltimore en 1928. L’utilisation de ces larves non-stériles fut une réussite et les plaies cicatrisèrent en six semaines. Encouragé par ces résultats, Baer multiplia les traitements mais malheureusement plusieurs patients furent atteints de tétanos et il conclut qu’à l’avenir il devait utiliser des larves stériles.
L’importance de la stérilité
Baer consacra beaucoup d’efforts à la mise au point d’un procédé de stérilisation de larves6. Au début il tenta de stériliser les larves mêmes par l’exposition au peroxyde d’hydrogène pendant deux heures avant de les immerger dans une solution de chlorure de mercure 1/1000. Il put démontrer que ce protocole permis effectivement de stériliser l’extérieur de la larve, des bactérie vivantes se trouvaient toujours dans l’intestin. Par la suite, il essaya de stériliser les œufs de la mouche pensant avec raison que l’intérieur de l’œuf serait naturellement stérile. Au bout de nombreuses expériences une technique efficace fut mis au point qui consistait de l’emploi d’une solution de chlorure de mercure 1/1000, 25% d’alcool et 0.5% d’acide chlorhydrique.
L’engouement pour la larvothérapie pendant les années 1930 provoqua la publication de nombreux articles décrivant les techniques d’élevage de larves de mouche stériles.10,11
Le groupe d’études de Livingston11 et Weil3 clama une certaine réussite dans la stérilisation de larves grâce à une solution d’iode mais la plupart des centres de production adopta la méthode de Baer et concentra leurs efforts à la stérilisation des œufs.3,6,10,12,13
La première production commerciale de larves
En l’absence d’autres remèdes efficaces pour le traitement d’ostéomyélite ou de plaies infectées, l’utilisation de larves se développa rapidement pendant les années 1930. Aux Etats Unis des larves de Lucilia Sericata furent produites par la société Lederle Corporation15 et proposées au prix de $ 5 les 1000 (l’équivalent aujourd’hui d’environ $ 100).
A la même époque, Robinson effectua le recensement de 947 chirurgiens américains ayant fait appel à la larvothérapie16. Il reçut 605 réponses de médecins ayant soigné un total de 5750 patients dont 91,2% exprimèrent une opinion favorable du traitement. Seul 4,4% donnèrent un avis négatif de la larvothérapie dû en général au prix des larves, du temps nécessaire à leur mise en place et au gêne dont se plaignaient certains patients. L’étude de Robinson fit état également de quelques 54 articles scientifiques traitant ce sujet publiés à l’époque.
En dehors des cas de tétanos constatés par Baer, et un cas d’érysipèle, tous associés à l’emploi de larves non-stériles3, aucun autre effet secondaire néfaste fut rapporté.
Le déclin de la Larvothérapie
Les années 1940 virent arriver l’ère des antibiotiques. Les sulfamides furent disponibles dès 1940 et Chain et al18 avait découvert les méthodes de production en masse de la pénicilline de Flemming. Par conséquent au milieu de la décennie, la larvothérapie avait pratiquement disparu, sauf en cas de dernier recours.19,20
1. Dunbar, G. K. Notes on the Ngemba tribe of the Central Darling River of Western New South Wales. Mankind 1944; 3: 177-??11918
2. Root-Bernstein, R., Root-Bernstein, M. Honey, mud, maggots, and other medical marvels. 1999 ed. London: Macmillan, 1999.15175
3. Weil, G. C., Simon, R. J., Sweadner, W. R. A biological, bacteriological and clinical study of larval or maggot therapy in the treatment of acute and chronic pyogenic infections. American Journal of Surgery 1933; 19:36-48.10
4. Goldstein, H. I. Maggots in the treatment of wound and bone infections. Journal of Bone and Joint Surgery 1931; 13: 476-478.19
5. Chernin, E. Surgical Maggots. Southern Medical Journal 1986; 79(9): 1143-1145.122
6. Baer, W. S. The treatment of chronic osteomyelitis with the maggot (larva of the blow fly). Journal of Bone and Joint Surgery 1931; 13(July): 438-475.4
7. McLellan, N. W. The Maggot treatment of osteomyelitis. Canadian Medical Association Journal 1932; 27: 256-260.8
8. Goldstein, H. I. Live maggots in the treatment of chronic osteomyelitis, tuberculous abscesses, discharging wounds, leg ulcers and discharging inoperable carcinoma. Internat Clinics 1932; 4: 269-282.32
9. Crile, G., Martin, E. Clinical Congress of Surgeons of North America, "War Session". Journal of the American Medical Association 1917; 69: 1538-1541.11915
10. Murdoch, F. F., Smart, T. L. A method of producing sterile blowfly larvae for surgical use. United States Naval Medical Bulletin 1931; 29: 406-417.11
11. Livingston, S. K. Maggots in the treatment of chronic osteomyelitis, infected wounds, and compound fractures. An analysis based on the treatment of one hundred cases with a preliminary report on the isolation and use of the active principle. Surgery, Gynecology and Obstetrics 1932; 54: 702-706.38 12. Child, F. S., Roberts, E. F. The treatment of chronic osteomyelitis with live maggots. New York State Journal of Medicin 1931; 31: 937-943.14
12. Buchman, J., Blair, J. E. Maggots and their use in the treatment of chronic osteomyelitis. Surgery, Gynecology and Obstetrics 1932; 55: 177-190.13
13. Simmons, S. W. Sterilization of blowfly eggs in the culture of surgical maggots for use in the treatment of pyogenic infections. American Journal of Surgery 1934; 25: 140-147.53
14. Puckner, W. A. New and nonofficial remedies, surgical maggots-Lederle. Journal of the American Medical Association 1932; 98(5): 401.117
15. Robinson, W. Progress of maggot therapy in the United States and Canada in the treatment of suppurative diseases. American Journal of Surgery 1935; 29: 67-71.24
16. Livingston, S. K. The therapeutic active principle of maggots with a description of its clinical application in 567 cases. Journal of Bone and Joint Surgery 1936; 18: 751-756.62
17. Chain, E., Florey, H. W., Gardner, A. D., Heatley, H. G., Jenning, M. A., Orr-Ewing, J., et al. Penecillin as a chemotherapeutic agent. Lancet 1940; 2: 226-228.11910
18. Horn, K. L., Cobb, A. H., Gates, G. A. Maggot therapy for subacute mastoiditis. Archives of Otolaryngology 1976; 102: 377-379.99
19. Teich, S., Myers, R. A. M. Maggot therapy for severe skin infections. Southern Medical Journal 1986; 79: 1153-1155.10881
20. Fine, A., Alexander, H. Maggot therapy - technique and clinical application. Journal of Bone and Joint Surgery 1934; 16: 572-582.1
21. Ferguson, L. K., McLaughlin, C. W. Maggot Therapy - A rapid method of removing necrotic tissues. American Journal of Surgery 1935; 29: 72-84.72
22. Wilson, E. H., Doan, C. A., Miller, D. F. The Baer maggot treatment of osteomyelitis - Preliminary report of 26 cases. Journal of the American Medical Association 1932; 98: 1149-1152.9
23. Livingston, S. K., Prince, L. H. The treatment of chronic osteomyelitis with special reference to the use of the maggot active principle. Journal of the American Medical Association 1932; 98: 1143-1149.16
24. Pomeranz, M. M. Peculiar regeneration of bone, following maggot treatment of osteomyelitis. Radiology 1932; 19: 212-214.44
25. Larrey, D. J. Observations on wounds and their complications by erysipelas, gangrene and tetanus, Clinique. chirurgucale. 51-52 (Nov.) 1829 translated from the French by E.F. Rivinus. Des vers ou larves de la mouche bleue, Chez Gabon, Paris,. Philadelphia: Key, Mielke and Biddle,, 1832.270
26. Bunkis, M. D., Gherini, S., Walton, R. Maggot therapy revisited. Western Journal of Medicine 1985; 142: 554-556.93
27. Reames, M. K., Christensen, C., Luce, E. A. The use of maggots in wound debridement. Annals of Plastic Surgery 1988; 21(4): 388-391.308
28. Seaquist, E. R., Henry, T. R., Cheong, E., Theologides, A. Phormia regina myiasis in a malignant wound. Minn Med 1983; 66: 409-410.11928
29. McKeever, D. C. Maggots in treatment of osteomyelitis. A simple inexpensive method. Journal of Bone and Joint Surgery 1933; 15: 85-93.41
30. Jewett, E. L. The use of Unna's paste in the maggot treatment of osteomyelitis. Journal of Bone and Joint Surgery 1933; 15: 513-515.37
31. Ochsenhirt, N. C., Komara, M. A. Treatment of osteomyelitis of mandible by intraoral maggot-therapy. Journal of Dental Research 1933; 13: 245-246.43
32. Robinson, W. Suggestions to facilitate the use of surgical maggots in suppurative infections. American Journal of Surgery 1934; 25: 525.46
33. Thomas, S., Jones, M., Shutler, S., Jones, S. Using larvae in modern wound management. Journal of Wound Care 1996; 5(2): 60-69.11717
34. Hobson, R. P. On an enzyme from blowfly larvae. (Lucilia Sericata) which digests collagen in alkaline solution. Biochemical Journal 1931; 25: 1458, 1931.60
|
▪ ▪ Retour au Sommaire ▪ ▪ |
|
| ▪ Effectuer son premier traitement | |
| ▪ Les modes d'intervention des Larves | ▪ Larvothérapie et Médecine Vétérinaire |
|
MENU GÉNÉRAL ▪ ▪ Larvothérapie ▪ ▪ Actualités ▪ ▪ Bibliographie ▪ ▪ Forum ▪ ▪ FAQ ▪ ▪ Liens utiles |